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L’enjeu de la réforme doit être une coordination des soins entre les généralistes et les spécialistes avec un objectif de modération d’activité, fondée sur une maitrise médicalisée et un partage de l’information entre les médecins.

Axes pour une réforme de l'Assurance Maladie (2004)

SOMMAIRE

- Introduction

I - LA MEDECINE LIBERALE

1- De la contractualisation et des contractants
2- Les médecins dans le système
3- Les éléments d'un contrat

II - L'HOPITAL

1- La complémentarité
2- Les urgences et la permanence des soins
3- La coordination ville-hôpital



INTRODUCTION


La réforme de l'assurance-maladie a pour objectif de rendre compatible l'inéluctable progression des besoins - et donc des dépenses - de santé avec les ressources disponibles dans le cadre d'un système d'assurance maladie solidaire.

Les facteurs d'évolution des dépenses de santé sont multiples et connus : vieillissement de la population, médicalisation des problèmes sociaux, progrès technologiques, émergence de pathologies nouvelles et donc coûteuses en recherche, abaissement du seuil d'acceptation de la douleur, consumérisme médical, etc. .
Face à ces tendances lourdes et incontournables, l'enjeu de la réforme réside dans la maîtrise des dépenses par le biais de l'optimisation des ressources humaines et financières, c'est-à-dire de faire en sorte que chaque €uro dépensé, le soit à bon escient.

Ce résultat ne pourra être obtenu que par une meilleure gouvernance qui place chaque acteur en situation d'être au mieux de son efficience. Le système doit être économiquement performant et socialement libéral tant pour les assurés que pour les acteurs : assureurs, professionnels de santé et institutions sanitaires.

Les propositions du Syndicat des médecins libéraux s'inscrivent dans cette logique.

 

I - La médecine libérale


1 - De la contractualisation et des contractants

- La fin du Règlement conventionnel minimal

Dans une gouvernance digne de ce nom, les partenaires doivent avoir une sorte d'obligation de résultat en matière de contractualisation. Le RCM est un filet de sécurité qui a pour effet pervers de permettre à chaque partenaire de ne pas endosser la responsabilité de l'échec des négociations. Il faut changer cette situation.
En supprimant la " sécurité " du RCM, la volonté de contractualiser sera plus forte tant du coté des médecins que des Caisses d'assurance-maladie. Pour ces dernières, une absence d'accord signifierait des patients moins remboursés, et pour les médecins une moindre solvabilisation de leur activité. Mais actuellement, en l'absence d'accord et sans RCM, les patients ne seraient remboursés que sur la base des tarifs de responsabilité (0,5 €uros), ce qui n'est pas concevable. Il faut donc trouver une autre alternative crédible et applicable.


- Liberté d'adhérer ou non à un accord.

Tout médecin doit être libre d'adhérer ou non à un accord collectif.
Le choix d'exercer en dehors des accords ne sera pas sans conséquence mais n'aura plus le caractère brutal de l'exercice actuel hors convention.

Ainsi, si par exemple, un accord prévoit un remboursement à 75% ou plus, en contrepartie d'obligations en matière de qualité, de FMC, de coordination des soins, etc., les actes de ceux qui n'adhéreront pas à l'accord pourraient n'être remboursés qu'à 50%.

Nous proposons un schéma à trois étages :
-  Le premier hors convention, pour les médecins ne souhaitant contractualiser sous aucune forme avec l'assurance maladie. Leurs honoraires ne seraient pas pris en charge (sauf au niveau actuel de 0,50 Euro).
- Le deuxième un accord de base minimal défini par voie réglementaire pour les médecins acceptant par exemple de suivre une FMC, d'utiliser le dossier médical partagé, etc. Les honoraires ne seraient remboursés à hauteur de 50 % des tarifs opposables, mais les médecins seraient libres de fixer le niveau de leurs honoraires et devraient assumer leurs cotisations sociales. Ce niveau serait le seul accessible en cas d'impossibilité de trouver un accord conventionnel collectif avec les Caisses.
- Le troisième niveau, accessible uniquement dans le cadre d'une convention signée entre les Caisses et les syndicats médicaux, concernerait les médecins qui, bien entendu accepteraient les engagements du deuxième niveau, tout en s'engageant à pratiquer dans le cadre de tarifs opposables et adhéreraient à des engagements contractuels complémentaires (télétransmission des FSE, évaluation des pratiques, coordination des soins, régulation des installations, respect de références, etc.). Les honoraires de ces médecins seraient pris en charge comme actuellement à hauteur de 75 %, voire plus, et les Caisses participeraient à la couverture sociale des médecins comme actuellement.

Ainsi la probabilité de contractualisation tant par l'assurance maladie que par les médecins serait plus forte car en l'absence d'accord, les assurés sociaux seraient moins bien remboursés, ce qui pousserait les Caisses à rechercher réellement un accord.

Quant aux médecins, ils auraient intérêt à contractualiser pour permettre la prise en charge de leurs cotisations sociales personnelles et la solvabilisation de leurs patients qui seraient alors mieux remboursés.

Ce partenariat avec des droits et des obligations partagées inciterait à la conclusion d'accords, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Par ailleurs, les médecins disposeraient d'un choix, entre exercer dans un cadre contractuel avec des avantages et le respect de contreparties et l'exercice hors contractualisation.

Les honoraires des médecins exerçant hors accord contractuel étant moins bien remboursés une économie financière importante se profilerait pour l'assurance maladie.

- L'organisation de l'assurance-maladie obligatoire

Le Syndicat des médecins libéraux préconise la création d'une seule Caisse nationale d'assurance maladie regroupant tous les régimes. Cette piste permettrait de réduire les frais de fonctionnement et la dispersion des prises de décision.

Il appartient au gouvernement de définir la composition et les missions du conseil d'administration de cette nouvelle Caisse. Mais le SML souhaite que les compétences, les rôles et les missions du Conseil d'administration et de la Direction Générale soient précisés.

La création d'un directoire de personnalités indépendantes ayant pour mission de piloter l'Assurance maladie nous semble être une bonne piste.

La constitution d'une seule Caisse d'assurance maladie favoriserait la déclinaison régionale ou départementale des décisions. Le nombre de CPAM, avec autant de Conseils d'administration et de Directeurs ne s'impose pas.

Il faut réduire le nombre d'interlocuteurs départementaux dont le pouvoir de décision est dans les faits très limité. Le SML propose que les URCAM deviennent une instance régionale décisionnaire sur des problèmes nécessitant des accords avec les professionnels et le maintien des Caisses locales cantonnées à un rôle de liquidation des dossiers de remboursement, voire de règlement des contentieux.

- Rôle et place des assurances complémentaires

Les assurances complémentaires pourraient contracter avec les médecins des dispositions spécifiques. En outre dans notre schéma de contractualisation à trois niveaux les assurances complémentaires pourraient contractualiser avec les médecins qui souhaiteraient ne pas contracter avec l'Assurance obligatoire.

Il y aurait là une forme de mise en concurrence tout en assurant à chaque assuré social et à chaque médecin une possibilité de choix. Les assurances complémentaires n'ayant alors pas leur place dans la composition de l'Assurance obligatoire, mais toute leur place dans un autre type de contractualisation autonome.

2 - Les médecins dans le système

La démographie médicale et la recherche de l'optimisation de la dépense imposent, de redéfinir la place et les rôles respectifs de l'hôpital, des médecins spécialistes et des médecins généralistes. Les médecins, désormais, se plaignent d'un excès d'activité.

Cette redéfinition passe essentiellement par la coordination entre la ville et l'hôpital, et entre généralistes et spécialistes

L'activité des spécialistes doit être recentrée sur leur rôle de consultants capables de donner un avis spécialisé sur l'élaboration d'un traitement, d'une stratégie thérapeutique, ou d'un suivi médical. Une bonne utilisation de la compétence indéniable des spécialistes d'organes doit pouvoir éviter des hospitalisations. (Cf. la fiche sur l'hôpital).

Les actes des spécialistes consultants devraient être toujours mieux pris en charge que les consultations effectuées en accès direct par le patient.

La psychiatrie et la chirurgie nécessitent une réflexion et des solutions spécifiques.

Le SML propose que lorsqu'un patient consulte :
- un médecin généraliste, la prise en charge par l'assurance maladie se fasse sur la base du C, qu'il faut porter à 23 €uros au plus vite.
- un spécialiste à la demande d'un médecin, la prise en charge se fasse à hauteur de 2 C, sans dépassement d'honoraires.
- un spécialiste en accès direct, il est alors remboursé sur la base de 23 €uros, mais le spécialiste (comme pour la visite des généralistes) peut percevoir un dépassement d'honoraires non pris en charge par l'assurance maladie.

Dès le 29 janvier 2003, le président du SML formulait cette proposition dans une lettre adressée à M Jean-François MATTEI.

" Les patients sont attachés au libre choix et au libre accès à leur médecin et c'est une bonne chose. Cela n'interdit pas, néanmoins, d'introduire des mécanismes de régulation, en particulier au niveau de la consultation de première intention. En effet, pourquoi les patients, pourraient-ils continuer d'engendrer une dépense d'honoraires supérieure pour l'assurance maladie lorsqu'ils choisissent - sans aucun motif médical - de consulter un spécialiste plutôt qu'un généraliste en première intention ?

Le SML propose que la consultation de première intention soit en honoraires libres pour le médecin spécialiste mais que les Caisses d'assurance maladie la remboursent d'un montant uniforme. Le niveau de dépassement pourrait être, le cas échéant, plafonné par négociation entre les organisations professionnelles et les assurances complémentaires et faire ou non l'objet d'une prise en charge par celles-ci.

Par ailleurs pour les actes de consultants, c'est-à-dire lorsqu'un médecin consulte un patient sur prescription d'un autre médecin, les honoraires seraient de 2 C, sans dépassement et remboursés, soit au taux actuel soit, à un meilleur niveau, puisqu'il s'agit d'un acte estimé nécessaire par un médecin.

La meilleure rémunération des actes des spécialistes pour les consultations de première intention - sans dépense supplémentaire pour l'assurance maladie - et une meilleure prise en charge des actes de consultant seraient de nature à mieux positionner les spécialistes dans leur rôle de consultant et à les amener à réduire leur volume d'actes tout en maintenant leurs revenus.
Cette proposition aurait en outre un effet positif sur la pression démographique.

L'objectif de cette proposition est de réduire l'activité des spécialistes pour dégager du temps médecin et raccourcir les délais d'attente, sans surcoût pour l'assurance maladie et sans perte de revenu pour le médecin ".

De leur coté, les généralistes ont vocation à retrouver leur vocation de médecin traitant. Spécialistes en médecine générale - conformément à la réforme de l'internat - les généralistes assurent le suivi des patients et sollicitent l'avis des spécialistes dès lors qu'un problème est hors du champ de leur compétence.


3 - Les éléments d'un contrat

En ce qui concerne le champ spécifique de la médecine ambulatoire, la recherche de la qualité et de la meilleure efficience des acteurs de notre système de santé doivent être un élément fédérateur majeur

La recherche de la qualité doit être l'axe des engagements des médecins dans le cadre d'un contrat équilibré. Cette recherche passe par plusieurs points.

- La formation médicale continue

L'actualisation des connaissances est bien entendu non seulement une obligation, mais aussi une nécessité. Le SML a toujours été partisan d'un suivi de FMC. Il est, en outre, utile de vérifier le suivi d'une FMC permettant d'actualiser les connaissances.
Il appartient aux Unions régionales des médecins libéraux de s'assurer d'un suivi de FMC par tout médecin. Les critères validants doivent être élaborés par le Conseil National de FMC.
Le SML est favorable à la mise en place de mesures incitatives pour dynamiser l'assurance de suivi de FMC et/ou la participation à des groupes de pairs.

- L'évaluation

L'évaluation collective des pratiques a toujours fait partie de notre credo. Il faut commencer par évaluer les pratiques médicales et diffuser, par le biais de la FMC, les correctifs qu'il conviendrait d'incorporer dans les pratiques médicales.

Le SML est favorable à l'évaluation des pratiques collectives et à l'issue de cette évaluation à l'élaboration de référentiels diffusés par tout moyen, mais surtout par la FMC.

L'évaluation des pratiques individuelles est plus difficile à mettre en œuvre et, nous préconisons, dans un premier temps la participation, à des groupes de pairs, car plus aisés à mettre en place et moins sujets à contestation du type " oui, mais qui va évaluer les évaluateurs ? ".

Les groupes de pairs sont des dispositifs légers, faciles à mettre en place et qui seront mieux acceptés par les médecins que l'évaluation individuelle (par un tiers) qui serait très longue à structurer et dont l'efficacité restera à démontrer.

Par ailleurs, que faire dans le cas où un médecin ne satisferait pas à une évaluation ? Les recours et les reconversions professionnelles sont à préciser.

L'élaboration de référentiels de bonne pratique est à rechercher et à favoriser. Tout ce qui peut concourir à améliorer les pratiques médicales doit être développé.

- Les transferts de compétence

Le SML y est favorable, mais sous réserve qu'ils soient bien analysés et compris par tous. Dans cette optique, notre objectif consiste à gagner du temps médecin et faire effectuer l'acte par un professionnel compétent et à moindre coût.

La recherche de la meilleure efficience doit s'apparenter à une recherche de qualité et nous devons favoriser le meilleur effecteur pour les actes. Le meilleur effecteur n'est pas toujours le plus titré ou la structure la plus lourde, loin s'en faut.

- Démographie médicale

Le problème de la démographie médicale n'est pas celui d'un manque généralisé de médecins mais celui d'un déficit dans certaines spécialités et dans certains secteurs qui sont ou vont devenir des " déserts médicaux ".
Ce n'est donc pas par une augmentation du nombre de médecins que le problème sera réglé, mais par une régulation des installations et une étude sérieuse des besoins. La liberté actuelle de conventionnement, sans aucune limitation, ne pourra pas perdurer.

Le SML estime qu'une régulation ou une rationalisation de la démographie médicale s'imposera à moyen terme, tant pour les généralistes que pour les spécialistes, et que d'ores et déjà il faut renforcer les mesures incitatives fortes (primes à l'installation et au maintien dans les zones déficitaires, honoraires majorés, bourses d'études, etc.) pour pallier les carences existantes ou à venir.

Au delà, il faut informer, dès maintenant, les futurs étudiants en médecine qu'au moment de leur installation (dans une dizaine d'années), si les mesures incitatives n'ont pas porté leurs fruits, des restrictions d'installation pourraient être mises en place.

Il faut bien évidemment ne pas contourner le numerus clausus par la titularisation massive des médecins à diplôme étranger. La titularisation doit rester une mesure exceptionnelle.

- Modération d'activité/revalorisation des actes

Le SML est demandeur d'accords collectifs à adhésion individuelle permettant de revaloriser la valeur des actes des médecins qui, en échange du respect d'un cahier des charges de bonnes pratiques, de suivis de protocoles, etc., s'engageraient à contenir l'évolution de leur activité. Ces accords devront être conclus sur la base du volontariat et de pas inclure de quotas d'actes.



II - L'HOPITAL

Le Syndicat des médecins libéraux regrette que la réforme n'intègre pas directement l'hôpital qui fait l'objet d'un texte spécifique (Hôpital 2007). Mais, si les changements internes échappent à la réforme de l'assurance maladie, il apparaît indispensable de traiter dans le cadre de l'assurance-maladie, les zones frontières d'activités, en particulier la coordination ville-hôpital.


1 - la complémentarité

Pendant de nombreuses années la concurrence était totale et la complémentarité secondaire. Il faut inverser cette logique et privilégier chaque fois que possible la complémentarité.

L'hôpital public a une compétence indiscutable sur certaines missions ou actes, mais les établissements privés (cliniques) et la médecine de ville sont en situation d'assumer certaines fonctions ou actes dans des conditions médico-économiques meilleures que celles de l'hôpital public.

Par exemple, les consultations externes ou de suivi systématique n'ont aucune raison d'être dans les hôpitaux. Leur suppression progressive permettrait de dégager des ressources humaines qui pourraient être utilement redéployées, sans compter les économies financières évidentes. Il suffit de comparer le coût d'une consultation effectuée en ville au coût de revient réel de cette consultation effectuée à l'hôpital.

Nous demandons que le coût des consultations hospitalières soit calculé et facturé à leur juste prix de revient, et que le remboursement se fasse sur la même base que les consultations de ville, sauf lorsque le patient consulte à la demande de son médecin traitant.

2 - Les urgences et la permanence des soins

Les urgences et l'accueil des patients le soir et les week-ends sont des sujets sensibles. Il est évident que les internes débordés peuvent être amenés à hospitaliser un patient pour " ouvrir le parapluie ". Il faut désengorger les hôpitaux de tous les actes qui pourraient être effectués par d'autres structures légères et moins coûteuses.

Nous proposons la création de services pré-porte, ne relevant pas de l'autorité de l'hôpital. Dans ces services, les patients pourraient être consultés par un interne et un médecin de ville. Cet échange entre interne et médecin servirait de formation, et d'évaluation continuelle des connaissances pour les deux praticiens, et permettrait d'éviter des hospitalisations intempestives. Ce qui relève de la simple médecine de ville pourrait être immédiatement pris en charge.

3 - Coordination ville-hôpital

La coordination ville-hôpital doit être une priorité et aucun malade ne devrait sortir d'un séjour hospitalier sans que le médecin traitant ne reçoive un compte rendu d'hospitalisation, le jour même par voie informatique. Bien entendu, lors de l'hospitalisation d'un patient, le médecin traitant doit être prévenu et transmettre toute information utile à l'hôpital.
Cela éviterait des redondances d'examens ou une mauvaise observance de traitements et diminuerait les consultations de suivi inutiles.

L'outil de cette coordination est le dossier médical partagé. Il ne pourra être effectif et efficace que si tous les logiciels médicaux (en ville comme à l'hôpital) disposent d'un noyau commun lisible et inscriptible en toute compatibilité, ce qui n'est pas du tout le cas actuellement. Le dossier médical partagé, dont la responsabilité de la tenue doit être confiée au médecin traitant est un bon concept, et sa mise en route doit passer par une phase d'expérimentation concernant les patients en ALD, patients pour lesquels ce concept est très utile, tant pour le suivi du patient que pour apprécier l'utilité de la poursuite de l'exonération du ticket modérateur.