#PrimaireDeLaGauche : les programmes que veulent nous prescrire les candidats ?

13 Janvier 2017: #PrimaireDeLaGauche : les programmes que veulent nous prescrire les candidats ?

Après avoir étudié les programmes des candidats à la primaire de la droite et du centre, nous nous attaquons aujourd’hui à ceux présentés par les candidats de la Gauche en vue du premier tour des primaires, dimanche 22 janvier.


L’enjeu est de taille, car les candidats traitent de façon inégale les sujets de santé. Par ailleurs, leurs propositions sont très souvent déconnectées des réalités de terrain.

Point par point, nous revenons sur la présence des enjeux de santé dans leurs programmes présidentiels.                                                             

L’hôpital comme dernier recours ?

  • Pour les candidats : L’hôpital constitue l’excellence de notre capacité de recherche thérapeutique et chirurgicale mais il va mal. Les urgences sont engorgées, surtout en ce moment en période d’épidémie de grippe, faute à une communication gouvernementale uniquement concentrée sur l’hôpital. Cette situation met en exergue une mauvaise coordination entre la médecine de ville et la médecine hospitalière. De fait, Jean-Luc Benhamias et Arnaud Montebourg proposent la création de dispensaires, ouverts 24 heures sur 24, pour traiter les problèmes courants de la vie qui ne sont pas des urgences vitales. Benoît Hamon rappelle que les hôpitaux publics manquent de moyens pour des efforts demandés excessifs, pointant la responsabilité des pouvoirs publics ayant réclamé des économies de gestion au détriment de la qualité du travail des personnels soignants et des soins prodigués. Sur ce point, il souligne le besoin de reconnaître la difficulté du travail à l'hôpital, la charge horaire et la souffrance des soignants ; quand Manuel Valls souhaite faire de la qualité de vie au travail un des chantiers prioritaires de l’hôpital public. Ce dernier rappelle également que l’hôpital a été un acteur essentiel du redressement des comptes de la Sécurité sociale.
  • Pour le SML : Il est regrettable qu’aucun des candidats ne propose une sortie de l’hospitalo-centrisme. L’hôpital doit rester le dernier recours. Une coordination renforcée, cohérente et intelligente, doit être mise en place entre la médecine de ville et la médecine hospitalière. Ce parcours de soin doit être fait dans l’intérêt du patient. Il faut rappeler que les médecins libéraux soignent 2/3 des patients pour 1/3 des dépenses. Il est plus que jamais nécessaire d’investir sur le virage ambulatoire et numérique que le SML demande depuis plusieurs années.

La bioéthique et la question de la fin de vie

  • Pour les candidats : De façon majoritaire, les candidats s’entendent sur la nécessité de faire évoluer la question de la fin de vie médicalement assistée. Benoît Hamon, le premier, appelle à une mutation du droit de « la sédation profonde et continue », pour qu’elle ne soit plus restreinte qu’aux seuls cas de pronostic vital engagé, mais que la décision puisse être prise au moment où le patient le souhaite. François de Rugy va plus loin. Il insiste sur le besoin d’une euthanasie facilitée pour celles et ceux qui ne pourraient y procéder par eux-mêmes et exprimeraient leur volonté de mettre fin à leurs souffrances. Vincent Peillon propose une universalisation de l’accès aux structures de soins palliatifs. Sylvia Pinel veut permettre la liberté de choisir sa fin de vie. C’est la seule également à évoquer le droit à la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, et ce, sans condition.
  • Pour le SML : Il est nécessaire de faire évoluer les lois bioéthiques. La question de la fin de vie est primordiale et doit être réglée dans le cadre d’une commission médicale. Elle doit être traitée de façon collégiale en associant les soignants et les familles dans un accompagnement éthique et moral vers la fin de vie du patient désireux.

Les déserts médicaux et les maisons pluridisciplinaires de santé

  • Pour les candidats : La désertification médicale est un sujet primordial pour les candidats. Si Jean-Luc Benhamias et Arnaud Montebourg proposent la création de dispensaires, ouverts 24 heures sur 24, M. Montebourg précise qu’ils se feront avec de jeunes médecins du service national. Benoît Hamon souligne, de son côté, que les mesures incitatives envers les jeunes médecins ne fonctionnent pas. Il souhaite la création d’une mission nationale d'accès aux soins pour appuyer et coordonner l'installation des médecins. Elle pourrait entre autre décider de la répartition prioritaire des médecins sur le territoire à la sortie des études de médecine. Vincent Peillon a pour ambition de vouloir inciter 20 000 médecins remplaçants à exercer en zones sous-dotées par des exonérations de cotisations et d’impôts. Il demande également le développement de la télémédecine par un financement adéquat sans apporter plus de précision. Pour Sylvia Pinel, les règles d’installation des maisons de santé sont trop contraignantes. Elle souhaite y allier une cartographie des présences des hôpitaux et des maternités sur critères. Des stages obligatoires dans ces territoires pourraient être imposés. Manuel Valls quant à lui souhaite un grand plan de la médecine de proximité qui associerait les patients et les soignants pour définir une nouvelle politique de santé publique. Le recours à la télémédecine pourra se faire dans le cadre de la formation professionnelle des soignants afin de développer ces nouveaux usages.
  • Pour le SML : De nombreux candidats réduisent la question du désert médical à la création de maisons pluridisciplinaires de santé et au développement de la télémédecine sans évoquer son financement. Il s’agit ici d’une pensée unique et communément admise au sein de l’administration. Le SML ne s’oppose pas à ces maisons de santé, à condition qu’elles ne soient pas sous influence de l’administration mais bien dirigées par des médecins libéraux. Pour autant, elles ne peuvent être la seule réponse aux déserts médicaux. Le SML propose ainsi de mettre en place des dispositifs adaptés aux différents territoires : le compagnonnage, les médecins volants, l’activité partielle des médecins retraités, la télémédecine. A cela, doit s’ajouter un recentrage des stages médicaux vers l’exercice libéral. Les jeunes médecins sortent aujourd’hui de leurs études sans avoir pu exercer en dehors de l’hôpital et en n’ayant connu que le salariat. Il faut redonner aux médecins le désir de s’installer et renforcer la fierté d’exercer en libéral.

La prévention

  • Pour les candidats : Il s’agit là d’un volet particulièrement traité par les candidats. Ainsi, François de Rugy prendra dans les 18 mois suivant son élection, un plan sanitaire, sécuritaire et économique visant à la légalisation du cannabis sur un modèle similaire à celui du tabac. Cette expérimentation s’étalera sur une période de 5 ans avec possibilité de faire marche arrière ensuite. Il souhaite également une prévention sur les risques de santé liés à l’environnement, et la contribution des chaînes du service public pour relayer des messages de prévention. Benoît Hamon veut faire de l’activité sportive un principe essentiel pour prévenir les maladies chroniques. A ce titre, il envisage un remboursement de l'activité physique par l'assurance maladie, si elle est jugée indispensable et prescrite par un médecin dans le cadre de centres dédiés. Il souhaite également une prise en compte du burn-out dans le cadre professionnel, tant chez les soignants qu’auprès du grand public. La pollution et les perturbateurs endocriniens, sont au centre de son attention. Il souhaite une fin du diesel pour 2025 et le lancement d’une Grande conférence Écologie-Prévention Protection-Santé  à l’issue de son élection. Sylvia Pinel demande un recadrage de la prévention autour de la propagation du SIDA, afin de re-sensibiliser les jeunes populations à l’importance des moyens de protections. Elle souhaite que le gouvernement finance le dépistage, la distribution de traitement aux populations touchées et encourage la recherche. Par ailleurs, elle ne s’oppose pas à la légalisation du cannabis.
  • Pour le SML : La santé publique doit passer par une politique de prévention affirmée. Elle doit concerner les risques liés aux addictions (tabac, alcool, drogues), le diabète, l’obésité, le burn-out, les troubles d’apprentissage de l’enfant. Sur ce dernier point, il est plus que nécessaire de redonner du sens au médecin scolaire et de réaliser des bilans réguliers au cours de la vie. Nous demandons que le budget de prévention soit fléché. Enfin, le SML demande que les médecins libéraux soient intégrés à part égale à la gouvernance des institutions de santé afin de définir avec les pouvoirs publics, des politiques de santé pérennes, répondant aux besoins futurs des Français.

La Sécurité sociale et les mutuelles

  • Pour les candidats : Sujet essentiel, la pérennité de la sécurité sociale offre des perspectives bien différentes dans chacun des programmes : pour Jean-Luc Benhamias, il faut en finir avec les laboratoires qui gonflent artificiellement le prix des médicaments pour réaliser de plus grandes marges de profits, et contribuent de facto au déficit de la Sécurité sociale. De fait, leur sera demandée une participation à la réduction du déficit moyennant une contrepartie sur la recherche médicale. François de Rugy souhaite un contrat entre les Français, leurs médecins généralistes et leurs mutuelles pour garantir un suivi de leur santé au travers de bilans réguliers. Cette logique de réseaux de soins verra un renforcement du rôle et des capacités des mutuelles dans l’offre de soins. Il souhaite également maintenir l’Aide médicale d’Etat, contrôlée via un fichier national de suivi des soins. Benoît Hamon, veut mettre en place des aides pour l’acquisition par les fonctionnaires, les retraités, les étudiants et les chômeurs, d’une complémentaire santé. Par ailleurs, pour lui, le remboursement des soins passe par la Sécurité sociale, et ne doit pas se reporter sur les mutuelles, cette situation créant des inégalités entre les citoyens. Vincent Peillon a rappelé que la Sécurité sociale est le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas. Il se positionne ainsi contre la privatisation de la santé, propose l’émergence d’une complémentaire santé publique financée par cotisation et par la CGS, et souhaite consolider le Tiers-payant. Manuel Valls quant à lui veut un remboursement à 100 % d’un ensemble de soins de ville, des soins primaires, sans apporter de précisions sur ce qu’il entend permettre. Il entend supprimer les dépassements d’honoraires en secteur II conventionné, et propose une convergence tarifaire progressive vers un tarif unique et opposable. Arnaud Montebourg veut créer une mutuelle publique de 10€ /mois pour chaque Français et ouvrir la part du régime obligatoire pour ceux qui ne peuvent avoir accès à une complémentaire.
  • Pour le SML : Les propositions des candidats ne sont que peu satisfaisantes. La suppression du secteur II implique 1) une indexation de la consultation sur le coût de la vie ; 2) que les tarifs mis en place correspondent à la pratique ; un surcoût pour l’assurance maladie (les médecins du secteur 2 payant intégralement leurs charges). Le SML s’oppose à toute logique de réseau de soins qui verrait les médecins assujettis aux mutuelles, et les patients contraints de s’orienter vers les professionnels de santé les mieux remboursés. Nous sommes pour le renforcement du couple patient/médecin sans intervention extérieure de la part d’opérateurs privés. Il est nécessaire de rappeler que la France dispose du reste à charge le plus faible d’Europe. A ce titre, le différentiel observé avec l’Allemagne équivaut à 11.2 milliards d’euros. Par ailleurs, le SML regrette qu’aucun des candidats ne reviennent sur la mesure inégalitaire et électoraliste du Tiers-Payant généralisé. Nous souhaitons une responsabilisation de l’ensemble des acteurs du système de soins.

La formation des médecins

  • Pour les candidats : Avec la création de l’ANDCP et la mainmise de l’Etat sur la formation des acteurs de santé, la formation des médecins apparaît comme un enjeu de ces prochaines années. A ce titre, Jean-Luc Benhamias demande une revalorisation de certaines spécialités (orthophonistes, infirmiers, aides-soignants) au niveau de leurs qualifications, avec, en conséquence, une augmentation de leurs revenus. Il souhaite également la reconnaissance des médecines différentes, comme la médecine chinoise ou les ostéopathes. Arnaud Montebourg souhaite une formation paramédicale basée sur le système de licence-master-doctorat (LMD). Il entend également augmenter le numerus clausus sans en préciser le pourcentage. Manuel Valls propose de développer la coopération interprofessionnelle dès la formation des étudiants en médecine. Il souhaite que les professionnels paramédicaux puissent, dans le cadre de leur formation, intégrer les études de médecine en 2ème ou 3ème année à compter de  2017, et leur ouvrir les portes des écoles doctorales médicales pour étendre les voies de recherches. Il entend également augmenter le numerus clausus sans en préciser le pourcentage.
  • Pour le SML : L’augmentation du numerus clausus doit être encadrée. L’objectif n’est pas de saturer l’offre médicale idéologiquement. Par ailleurs, nous le rappelons, des initiatives telles que le compagnonnage, doivent être mise en place pour accompagner les jeunes médecins dans l’exercice médical. Enfin, la formation professionnelle doit avant tout être la question des professionnels eux-mêmes, seuls à même de comprendre au mieux les besoins des acteurs de santé, et de développer des formations en réponse à ces besoins.

Conclusions : Si les candidats s’entendent tous sur la nécessité de faire évoluer le système de santé, ils ne semblent pas, à l’heure actuelle, y apporter des réponses qui iraient dans le bon sens. L’hospitalo-centrisme, les maisons de soins étatiques, l’absence de remise en cause du tiers-payant, l’absence de suppression du RSI, l’encouragement des réseaux de soins, montrent par ailleurs que la santé reste dogmatique. De manière générale, les candidats ne proposent que des mesurettes, allant parfois dans le bon sens, mais ne pouvant suffire à l’émergence d’une vraie politique pérenne.

Pour aller plus loin, voici les sujets pris en compte par les candidats de la primaire de la gauche dans leur programme (attention, pris en compte ne signifie pas qu’ils y apportent une bonne réponse) :

 

Manuel

Valls

Arnaud Montebourg

Benoît

Hamon

Vincent

Peillon

Sylvia

Pinel

François

 de Rugy

Jean-Luc Bennahmias

Etablissements de santé

 

 

 

 

 

 

 

Bioéthique

 

 

X

X

X

X

 

Données de santé

 

 

X

 

 

 

 

Financement de l’assurance maladie

 

 

X

 

 

 

X

Professionnels libéraux de santé

X

 

X

 

 

 

 

Accès à l'innovation

 

 

X

 

 

 

 

Prise en charge des soins par l'assurance maladie

X

X

X

X

 

X

 

Officine

 

X

 

 

 

 

 

Prévention, éducation thérapeutique, dépistage

X

 

 

 

 

X

 

Recherche et développement

 

 

 

X

 

 

X

Complémentaires santé

 

 

X

X

 

X

 

Professionnels hospitaliers

X

 

X

 

 

 

X

Organisation des soins

 

 

 

X

 

 

X

Parcours de soins

 

 

 

 

 

 

 

Démocratie sanitaire

 

 

 

 

 

 

 

Accès aux soins sur l'ensemble du territoire

X

X

X

X

X

 

 

Vaccins

 

 

 

 

 

 

 

Qualité des soins

 

 

 

X

 

 

 

Etudes et formation des professionnels de santé

X

 

 

 

 

 

 

Rayonnement éco & scientifique

 

X

 

 

 

 

 

Agences régionales de santé

 

 

 

 

 

 

 

E-santé

X

 

X

 

 

 

 

Régulation économique et financière

 

 

 

 

 

 

X

Indépendance et sécurité sanitaire

 

 

 

 

 

 

 

Médicament

 

 

x

 

 

 

x

Gouvernance du système de santé

x

 

 

 

 

 

 

Médecine scolaire

 

 

 

x

 

 

 

Organisation des régimes d'assurance maladie

 

 

 

 

 

 

 

Médecins libéraux

x

 

 

 

 

x

 

Etablissements de santé publics

x

 

x

x

 

 

 

Organisation des urgences

 

 

 

 

 

 

 

Santé publique

 

 

x

 

x

x

x

Etablissements de santé privés

 

 

 

 

 

 

 

Professions paramédicales

x

 

 

 

 

 

x

 

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