Nouveau témoignage d'un médecin oublié de la République

17 Février 2017: Nouveau témoignage d'un médecin oublié de la République

Le SML décide de donner la parole à tous ces médecins qui ne peuvent exercer faute d’avoir passé leur thèse à temps ou en raison d’une décision inique issue de l’administration. A tous ces Médecins oubliés de la République qui n’ont pas reçu le soutien de leurs consœurs et confrères en dépit d’un serment d’Hippocrate appelant à l’entraide et la solidarité envers ses pairs, le SML leur offre la visibilité qu’ils méritent.


Fin 2009, j’intègre les urgences au cours d’un semestre d’hiver pour achever mes études de médecine. Alors que je me rapproche de la fin de mon internat, je suis victime d’un grave accident qui m’immobilise et me contraint de renouveler mon inscription à la faculté de médecine tout en étant /nbsp]toujours hospitalisée.

Après une période d’arrêt maladie, je peux enfin retourner à mon affectation initiale dans le même service où j’exerçais jusqu’à lors en octobre 2012.

Mais en janvier 2013, le monde bascule… Convoquée à la faculté de médecine, le Vice-doyen, Directeur du département de médecine générale et le DRH du CHU m’annoncent à l’unisson qu'ils mettent fin à mon internat en médecine en raison d’un décret publié en août 2010 qui limite les inscriptions en faculté à 2 fois la durée du DES, soit 6 ans pour la médecine générale.

Cette décision s'applique de manière rétroactive au 31 octobre 2012. Ma demande de dérogation est rejetée par le Président de l'Université.

Je me retrouve face à cette injustice pour laquelle la faculté de médecine ne m'avait pas prévenue de la publication de ce décret après mon entrée dans le troisième cycle des études médicales. Pas de courrier individuel ni d'affichage public ni même de mention sur le formulaire annuel d'inscription.

Derrière j’apprends par l'administration de mon hôpital que je ne pourrais prétendre à aucune indemnité des ASSEDIC, l'hôpital ne cotisant pas à l'assurance chômage pour son personnel.

En avril 2013, l'hôpital me verse mes congés payés pour le mois de février et me facture la chambre à l'internat pour les mois de mars et avril, soit 200€ le mois.

Dans le même temps, je me renseigne et apprends que sans inscription à l'université, je perdais toutes les équivalences possibles avec les professions paramédicales et que ma formation médicale ne valait rien sur le marché du travail…

Entre temps, pour me loger, j'avais trouvé une caravane sur un terrain privé, sans électricité, mais au moins, on ne me demandait pas de bulletins de salaire.

Par la suite mon état de santé a nécessité des nouvelles interventions chirurgicales et à la fin des indemnités journalières, j’ai commencé à recevoir le RSA.

Aujourd'hui, lorsqu'on me demande ce qu’est mon métier, je ne sais quoi répondre. Le seul métier que je connaisse est celui de Médecin. C'est difficile pour moi d'expliquer aux amis et à la famille que toutes ces années d'études et de pratique médicale n’ont abouti qu’à une impasse administrative…

Médecin, nom masculin : Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d'un diplôme de docteur en médecine.

Oublier, verbe transitif : Perdre le souvenir, laisser par inadvertance, négliger.

République, nom féminin : La république est un système politique dans lequel la souveraineté appartient au peuple qui exerce le pouvoir politique directement ou par l'intermédiaire de représentants élus.

 

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