Nouveau témoignage d'un médecin oublié de la République

24 Février 2017: Nouveau témoignage d'un médecin oublié de la République

Le SML décide de donner la parole à tous ces médecins qui ne peuvent exercer faute d’avoir passé leur thèse à temps ou en raison d’une décision inique issue de l’administration. A tous ces Médecins oubliés de la République qui n’ont pas reçu le soutien de leurs consœurs et confrères en dépit d’un serment d’Hippocrate appelant à l’entraide et la solidarité envers ses pairs, le SML leur offre la visibilité qu’ils méritent.


Je suis médecin sans thèse.

J’avais pourtant bien débuté mes études de médecine en obtenant le concours de première année du premier coup. En 2000, je terminais mon résidanat de médecine générale et me dirigeais à ce moment vers des remplacements. Dans le même temps, je rédigeais ma thèse tout en continuant à élever mes enfants âgés de 3 ans et 2 mois. Mon sujet me tenait à cœur. L’enquête portait sur un échantillon d’une centaine de personnes. Mon projet avançait et le but était presque atteint.

En 2004, ma licence de remplacement n’étant plus renouvelable. Dans l’intervalle, j’occupais un poste de « faisant fonction de médecin » dans une association humanitaire pour laquelle je prenais en charge le suivi médico-psychologique de personnes ayant été victimes de torture et de répression. Il s’agissait avant tout d’écouter les patients souffrant d’état de stress post-traumatique. J’avais été formée au sein d’une équipe bienveillante. Une expérience extraordinaire, avec au fond le sentiment d’être utile dans la tâche qui était la mienne, dans la continuité de ma vocation. A cette période, mon couple commence à battre de l’aile.

Un an plus tard, je me retrouve « parent isolé » avec mes enfants de 5 et 8 ans, et surtout sans domicile car l’appartement que nous louions avait été mis en vente. La rupture est brutale et inattendue. Je n’ai ni le temps, ni les finances pour me retourner, et je dois emménager dans un studio de 11 m2 mis à disposition par ma famille. Au moins j’avais un toit, mais ces conditions m’obligent à accorder la garde de mes enfants à mon ancien-époux.

L’urgence était de rester debout, de faire bonne figure quand je voyais les enfants, et de boucler ma thèse. Mais entre les envies et la réalité, j’avais espacé mes entretiens avec mon directeur de thèse, trop occupé pour ma survie. Lors de notre dernière rencontre, il m’apprit qu’il partait à la retraite. La personne vers qui il m’orienta, eu rapidement des problèmes familiaux, m’éconduisant dans sa direction.

J’ai perdu progressivement le fil… J’aurais dû à ce moment réagir, redémarrer les compteurs à zéro, porter ma recherche vers un autre sujet. Mais je suis face à de nombreux obstacles : incompréhension de la famille, repli sur soi.

C’est une fois la situation stabilisée grâce à un nouveau travail plus rémunérateur, un nouveau foyer, et la récupération de la garde de mes enfants à plein temps, que j’ai pu rebondir.

C’est à ce moment que j’ai appris qu’il n’était plus possible de soutenir ma thèse, que les délais autorisés étaient dépassés.

Dans mon malheur, j’ai eu de la chance (malgré les humiliations des passages à Pôle Emploi) de tenter une reconversion dans un petit organisme de formation. J’y ai appris une discipline que je ne connaissais pas, la pharmacovigilance. A 47 ans, j’ai remis le pied à l’étrier, trouvé un emploi où mon parcours médical, même non thésé, intéressait : on avait le savoir et l’expérience, sans en coûter le prix.

Mon rôle : je parlais à des patients, des pharmaciens, des médecins, effectuais des veilles de littérature, manipulais les documents liés aux produits et apprenais la réglementation. Et puis avec l’expérience acquise, j’ai pu accéder à de nouvelles missions, où je suis fière de pouvoir faire référence à mes connaissances de médecin.

Mais manque toujours le « Dr » qui me donnerait une meilleure confiance en moi, et qui validerait totalement mes acquis. Car je suis médecin, mais pas Docteur.

Curieusement, j’y crois toujours.

Quand on a exercé, sauvé des vies, on a toujours au fond de soi cette envie et ce besoin d’être utile, de rendre service. Comme un besoin gravé en soi.

Médecin, nom masculin : Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d'un diplôme de docteur en médecine.

Oublier, verbe transitif : Perdre le souvenir, laisser par inadvertance, négliger.

République, nom féminin : La république est un système politique dans lequel la souveraineté appartient au peuple qui exerce le pouvoir politique directement ou par l'intermédiaire de représentants élus.

 

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